Tout compas dévie. Le navigateur sérieux ne cherche pas à le nier : il relève la déviation, la consigne dans une table, et navigue avec. Voici la table de déviation de ma pendule.
Elle regarde l'Amérique, et rien d'autre
Toutes les mesures viennent des États-Unis. Ce sont les séries les plus longues et les plus complètes qu'on puisse obtenir gratuitement, et le cycle américain entraîne largement le reste.
Mais « largement » n'est pas « entièrement ». Quand la pendule annonce vent portant, elle parle du temps qu'il fait au-dessus de New York. Le vôtre peut être différent.
Elle juge en relatif, jamais dans l'absolu
C'est le défaut le plus discret, et le plus important.
Chaque indicateur est comparé à son propre comportement des cinq dernières années, pas à une norme. Si une situation dure, la pendule s'y habitue : une inflation installée pendant des années finit par ressembler à la normale, et l'aiguille revient vers le centre alors que rien ne s'est arrangé.
Elle mesure l'écart, pas le niveau. Elle repère les changements de temps, elle ne dit pas si le climat est sain.
Elle voit le passé plus clairement qu'on ne l'a vécu
Rejouez l'histoire avec le curseur : les retournements sautent aux yeux. C'est une illusion, pour deux raisons.
Les statistiques économiques sont révisées : la pendule affiche les données d'aujourd'hui, pas celles dont on disposait à l'époque. Elle relit l'histoire avec des lunettes que personne n'avait sur le moment. Et entre deux publications, elle reconduit la dernière valeur connue — la houle est lente par nature, elle est aussi lente parce qu'elle attend le facteur.
Méfiez-vous de la netteté rétrospective. C'est le plus vieux piège du métier.
Elle a très peu de cycles sous la main
L'historique commence en 2005. Vingt ans, cela paraît beaucoup : on y compte une seule récession vraiment sévère, celle de 2008, et un choc bref en 2020.
Quand la pendule montre ce que l'or a fait en stagflation, elle s'appuie sur une poignée d'épisodes, parfois un seul. Ce n'est pas une loi statistique, c'est une anecdote bien rangée. Je publie les graphiques pour que vous jugiez vous-même de la maigreur de l'échantillon.
Les poids sont un jugement, pas une science
Vingt-quatre indicateurs alimentent les deux aiguilles. Certains comptent double. Je les ai choisis à la main, sans aucune optimisation — un instrument réglé pour coller au passé colle au passé, et à rien d'autre.
L'aiguille des marchés se mord un peu la queue : construite à partir de prix, elle sert ensuite à regarder des prix. C'est pourquoi le fond du graphique n'est colorié qu'avec le régime économique. Ça limite le problème, ça ne l'efface pas.
Elle ne prédit rien
Cette pendule ne sait pas ce qui va se passer. Elle décrit un état, pas une trajectoire. L'écart entre la houle et le vent est intéressant, mais un écart n'est pas une flèche : il peut se résorber dans les deux sens.
Quant à l'aiguille de l'équipage, elle mesure l'humeur de gens qui passent ici. Ce n'est représentatif de rien, et c'est très bien : c'est la seule des trois qui a le droit d'être de mauvaise foi.
Alors à quoi bon ?
À voir d'un coup d'œil dans quel quart de cadran on se trouve, et surtout si les deux aiguilles s'écartent.
Un instrument de marine ne dit pas où l'on va. Il dit où l'on est, avec une précision honnête et des limites connues. C'est tout ce que je lui demande.
Every compass deviates. A serious navigator does not pretend otherwise: he measures the deviation, records it in a table, and sails with it. Here is the deviation table of my clock.
It only looks at America
Every reading comes from the United States. These are the longest and most complete series available for free, and the American cycle largely drives the rest.
But "largely" is not "entirely". When the clock reads fair wind, it is describing the weather above New York. Yours may differ.
It judges in relative terms, never in absolute ones
This is the most discreet flaw, and the most important.
Each indicator is compared to its own behaviour over the past five years, not to any norm. If a situation lasts, the clock gets used to it: inflation entrenched for years ends up looking normal, and the hand drifts back toward the centre although nothing has improved.
It measures the gap, not the level. It spots changes in the weather; it does not tell you whether the climate is healthy.
It sees the past more clearly than we lived it
Replay history with the slider: turning points leap out. That is an illusion, for two reasons.
Economic statistics are revised: the clock displays today's data, not what was available at the time. It rereads history with glasses nobody had back then. And between two releases it carries forward the last known value — the swell is slow by nature, and slow again because it is waiting for the post.
Beware of hindsight's sharpness. It is the oldest trap in the trade.
It has very few cycles to work with
The history starts in 2005. Twenty years sounds like a lot: it contains only one truly severe recession, in 2008, and a brief shock in 2020.
When the clock shows what gold did under stagflation, it is leaning on a handful of episodes, sometimes a single one. That is not a statistical law, it is a tidily filed anecdote. I publish the charts so you can judge the thinness of the sample yourself.
The weights are a judgement, not a science
Twenty-four indicators feed the two hands. Some count double. I chose them by hand, with no optimisation — an instrument tuned to fit the past fits the past, and nothing else.
The market hand is somewhat circular: built from prices, it is then used to look at prices. That is why the background of the chart is shaded with the economic regime only. This limits the problem; it does not erase it.
It predicts nothing
This clock does not know what is coming. It describes a state, not a trajectory. The gap between the swell and the wind is interesting, but a gap is not an arrow: it can close from either side.
As for the crew's hand, it measures the mood of people passing through. It is representative of nothing, and that is exactly right: it is the only one of the three entitled to argue in bad faith.
So what is it good for?
For seeing at a glance which quarter of the dial we are in, and above all whether the two hands are diverging.
A marine instrument does not tell you where you are going. It tells you where you are, with honest precision and known limits. That is all I ask of it.